Je croyais les comprendre mais j'étais encore trop petit et naïf pour mesurer leurs paroles. C'est qu'en effet, j'ai passé mon enfance à côtoyer les Anciens et à les aider dans leurs tâches quotidiennes. Ils passaient le clair de leur temps à me réciter l'épopée et la gloire de telle famille ou de telle tribu e
t comment ils avaient combattu aux côtés des Allemands pendant la première guerre mondiale, et aux côtés des alliés pendant la deuxième guerre mondiale. Comment ces gens étaient malingres et couards, et comment ils leur demandaient de faire lorsqu'ils s'éloignaient de leur chef de troupes et se retrouvaient avec les Blancs du même rang.
C'était fabuleux car disaient-ils, nous les regardions avec compassion et ignorions la rancune, car notre objectif était, qu’après ce champs de bataille, nous devrions retourner dans nos familles et leur demander de quitter nos terres. "Fils, me dit un ami à mon père - Paix en son âme - nous avions été incapables de nous construire nous-mêmes car, ce que nous disions dans l'antichambre, l'étranger était au courant le lendemain et tous, nous nions l'un après l'autre".
Mon séjour à l'école occidentale m'a permis entre autres, de comprendre quelques éléments de notre Histoire. Mais ce que je n'ai toujours pas compris, c'est que, j'ai passé mon temps à étudier comment j'étais nègre, comment les autres m'ont colonisé, comment mes parents se sont défendus contre les impérialismes occidentaux, quelles belles cités et quels beaux monuments ils ont construit dans leurs pays et comment les Blancs sont sages, intelligents et créatifs. J'étais impressionné!
Au même moment, on m'enseignait ce que c'est que la dictature et les régimes dictatoriaux. Alors même que je n'ai pas encore achevé de les apprendre, c'est la démocratie et les régimes démocratiques qu'on m'impose. Je veux bien les comprendre, on me dit, non! Tu ne peux rien comprendre; la démocratie, c'est pour ceux qui n'ont pas faim.
Pendant que je me bats donc pour chercher à manger, on me dit encore non! Tu ne peux pas te battre comme-çà, tu es malade. Tu es atteint de la maladie du siècle, et, tout à coup, on m'envoie des gens pour me montrer comment je dois désormais faire pour éviter cette maladie du siècle.
De nombreuses maladies m'écrasent – mes soucis, ma pauvreté matérielle et culturelle, le pillage de mes ressources naturelles, l'assassinat de mes frères innocents pour préserver la démocratie – mais c'est du SIDA seulement, qu'on m'accuse. Je veux bien l'accepter, oui, j’avais voulu qu'on m'apprenne d'abord à détruire le paludisme, la typhoïde, la lèpre, le rhumatisme qui m'empêchent de grandir; mais ce sont les préservatifs qui m’ont été proposés.
Je me suis mis à voyager. Je suis allé d'abord rendre visite à mes compatriotes, dans mon propre pays. C'était la joie et les retrouvailles, je croyais chaque fois me retrouver au sein de ma petite famille. Or, je n'avais jamais rencontré ces personnes dont je rendais visite pour la première fois.
J'en ai profité pour me rendre aussi chez les voisins de mon pays. Là-bas, pour une autre fois, je pensais être chez-moi mais très tôt j'étais traité en étranger. Ce qui m'avait frappé, c'est que les "pauvres gens" éprouvaient de la compassion pour moi, mais les gardiens de la sécurité m'appelaient étranger... J'étais donc étranger dans mon propre continent.
Cependant aussi, mes multiples voyages à travers mon continent m’ont appris beaucoup de choses. Ce que je n'aurais pas su en restant dans ma pauvre cité. Partout en Afrique, il y a ceux qui vous accueillent sans chercher à savoir d'où vous venez, il y a d'autres qui vous abordent parce qu'ils veulent mieux vous connaître, d'autres qui vous craignent et d'autres par contre qui vous haïssent tout simplement. Même le bourreau, le conscient, est gêné de vous demander les papiers. Il a ras-le-bol de faire souffrir son compatriote africain pourtant, la Loi de son pays le lui autorise.
J'ai cherché à comprendre tout un chacun. Les tristes visages m'ont souvent amené à couler les larmes. Ils me disent beaucoup de choses… C'est qu'en fait, la confiance s'est trop détériorée au fil de ces quarante dernières années d'après les indépendances.
Partout, nul ne veut rien entendre car la trahison a été celle de tous contre tous au profit des mêmes colons. C'est ce que j'ai fini par comprendre. Il m'a fallu du temps pour l'interpréter ainsi.
Je ne comprends pas aussi pourquoi le pouvoir est sucré aux uns et amer pour les autres… Je ne comprends pas pourquoi, comme je suis contagieux, maladif, sous-développé, bon-à-rien, on ne peut pas me laisser tranquille ou partir de chez-moi. Il me faudrait encore du temps pour le comprendre… Je ne comprends pas toujours pourquoi nous ne pouvons pas dire non à ceux-là, ni comment ils nous expédient de chez-eux comme un colis quand nous avons abusé de leur espace, pourtant, ils sont libres chez-nous. Certainement, je le saurais un jour … un jour! … Il me faudrait encore du temps.
C'était fabuleux car disaient-ils, nous les regardions avec compassion et ignorions la rancune, car notre objectif était, qu’après ce champs de bataille, nous devrions retourner dans nos familles et leur demander de quitter nos terres. "Fils, me dit un ami à mon père - Paix en son âme - nous avions été incapables de nous construire nous-mêmes car, ce que nous disions dans l'antichambre, l'étranger était au courant le lendemain et tous, nous nions l'un après l'autre".
Mon séjour à l'école occidentale m'a permis entre autres, de comprendre quelques éléments de notre Histoire. Mais ce que je n'ai toujours pas compris, c'est que, j'ai passé mon temps à étudier comment j'étais nègre, comment les autres m'ont colonisé, comment mes parents se sont défendus contre les impérialismes occidentaux, quelles belles cités et quels beaux monuments ils ont construit dans leurs pays et comment les Blancs sont sages, intelligents et créatifs. J'étais impressionné!
Au même moment, on m'enseignait ce que c'est que la dictature et les régimes dictatoriaux. Alors même que je n'ai pas encore achevé de les apprendre, c'est la démocratie et les régimes démocratiques qu'on m'impose. Je veux bien les comprendre, on me dit, non! Tu ne peux rien comprendre; la démocratie, c'est pour ceux qui n'ont pas faim.
Pendant que je me bats donc pour chercher à manger, on me dit encore non! Tu ne peux pas te battre comme-çà, tu es malade. Tu es atteint de la maladie du siècle, et, tout à coup, on m'envoie des gens pour me montrer comment je dois désormais faire pour éviter cette maladie du siècle.
De nombreuses maladies m'écrasent – mes soucis, ma pauvreté matérielle et culturelle, le pillage de mes ressources naturelles, l'assassinat de mes frères innocents pour préserver la démocratie – mais c'est du SIDA seulement, qu'on m'accuse. Je veux bien l'accepter, oui, j’avais voulu qu'on m'apprenne d'abord à détruire le paludisme, la typhoïde, la lèpre, le rhumatisme qui m'empêchent de grandir; mais ce sont les préservatifs qui m’ont été proposés.
Je me suis mis à voyager. Je suis allé d'abord rendre visite à mes compatriotes, dans mon propre pays. C'était la joie et les retrouvailles, je croyais chaque fois me retrouver au sein de ma petite famille. Or, je n'avais jamais rencontré ces personnes dont je rendais visite pour la première fois.
J'en ai profité pour me rendre aussi chez les voisins de mon pays. Là-bas, pour une autre fois, je pensais être chez-moi mais très tôt j'étais traité en étranger. Ce qui m'avait frappé, c'est que les "pauvres gens" éprouvaient de la compassion pour moi, mais les gardiens de la sécurité m'appelaient étranger... J'étais donc étranger dans mon propre continent.
Cependant aussi, mes multiples voyages à travers mon continent m’ont appris beaucoup de choses. Ce que je n'aurais pas su en restant dans ma pauvre cité. Partout en Afrique, il y a ceux qui vous accueillent sans chercher à savoir d'où vous venez, il y a d'autres qui vous abordent parce qu'ils veulent mieux vous connaître, d'autres qui vous craignent et d'autres par contre qui vous haïssent tout simplement. Même le bourreau, le conscient, est gêné de vous demander les papiers. Il a ras-le-bol de faire souffrir son compatriote africain pourtant, la Loi de son pays le lui autorise.
J'ai cherché à comprendre tout un chacun. Les tristes visages m'ont souvent amené à couler les larmes. Ils me disent beaucoup de choses… C'est qu'en fait, la confiance s'est trop détériorée au fil de ces quarante dernières années d'après les indépendances.
Partout, nul ne veut rien entendre car la trahison a été celle de tous contre tous au profit des mêmes colons. C'est ce que j'ai fini par comprendre. Il m'a fallu du temps pour l'interpréter ainsi.
Je ne comprends pas aussi pourquoi le pouvoir est sucré aux uns et amer pour les autres… Je ne comprends pas pourquoi, comme je suis contagieux, maladif, sous-développé, bon-à-rien, on ne peut pas me laisser tranquille ou partir de chez-moi. Il me faudrait encore du temps pour le comprendre… Je ne comprends pas toujours pourquoi nous ne pouvons pas dire non à ceux-là, ni comment ils nous expédient de chez-eux comme un colis quand nous avons abusé de leur espace, pourtant, ils sont libres chez-nous. Certainement, je le saurais un jour … un jour! … Il me faudrait encore du temps.
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